Blogue-Notes du CÉRRIS

16 février 2012

Stigmatisation et préjugés chez les professionnels en santé mentale

Filed under: Insertion sociale, Réadaptation, Rétablissement — CÉRRIS @ 15 h 28 min

Bonjour à tous,

Suite à une rencontre avec des professionnels de la santé et des étudiants en recherche travaillant dans le domaine de la santé mentale autour de la tenue d’une conférence, j’ai ressenti un malaise. Lors de cette rencontre, nous avons abordé la possibilité qu’une personne utilisatrice de services en santé mentale puisse participer à cette conférence «grand public». Je suis d’avis que le grand public peut recevoir les opinions et les commentaires d’un usager, basés sur son vécu expérientiel. Pourtant, le comité organisateur s’est avéré partagé quant à cette idée. Et cet événement n’est pas le seul à susciter réflexion.

Il y a quelques temps, un projet de recherche a été présenté à des intervenants de la santé mentale. Le protocole de recherche de ce projet impliquait le prêt d’équipements technologiques de grande valeur à des utilisateurs de services. Malheureusement, une des principales appréhensions présentées par les intervenants était que ces derniers pourraient perdre, se faire voler ou vendre lesdits appareils. Fait intéressant, saviez-vous qu’il est rapporté dans plusieurs études que la perte d’appareils technologiques dans le cadre d’un projet de recherche est plus importante chez les intervenants que chez les clients ?

Est-ce que la présence de préjugés est encore d’actualité chez les professionnels de la santé mentale ? Oui. Prendre conscience de ses préjugés est assurément la première étape pour contrer les jugements… Qu’en pensez-vous ?

Karine Charbonneau, étudiante à la maîtrise professionnelle en ergothérapie.

7 commentaires »

  1. Moi ce que j’en pense c’est que les préjugés sont tenaces. Personnellement j’ai aucune difficulté a divulguer mon étât de personne en rétablissement au « grand public » même si souvent ont vois la paille que j’ai dans l’oeil avant de voir la poutre dans le sien… Pour ce qui est de la technologie je peux comprendre mais plutôt que de prêter l’équipement pourquoi ne pas le donner, des ordinateurs, des téléphones intelligents c’est quand même abordable aujourd’hui et ça permettrais à des gens d’être technologiquement à jour et peut être de s’ouvrir de nouveaux horizons

    Bernard Saulnier

    Commentaire par Bernard Saulnier — 16 février 2012 @ 16 h 26 min

  2. Ton propos est très pertinent Karine et questionnent nos préjugés qui sont encore tenaces face aux personnes utilisatrices. Malgré nos beaux discours d’ouverture à la pleine citoyenneté et au rétablissement nous continuons de maintenir une distance avec les personnes utilisatrices. Il est difficile de se sortir du « Eux et du Nous ». Cela nous demande l’humilité de nous remettre en question, de sortir de notre zone de confort et de se laisser bousculer par la parole des personnes utilisatrices. Il est important de ne pas balayer sous le tapis nos préjugés mais il faut oser en parler. J’ai un profond respect pour les personnes qui osent parler de leur appréhension même si ça ne semble pas « politically correct » car ainsi nous pouvons contribuer à défaire les préjugés un par un et ton exemple d’étude sur la perte d’appareils technologiques est un exemple éloquent.
    Les préjugés parlons en !!!!

    Commentaire par Lise Boies — 16 février 2012 @ 16 h 39 min

    • Je suis tout à fait en accord avec le fait qu’il est difficile de se sortir du «eux et du nous»… même s’il y a une évolution, une meilleure conscience de l’importance des termes utilisés (patient – usager – personne utilisatrice de services – patient partenaire – client….). Et je suis de votre avis (!!!) quant au fait d’oser parler de nos appréhensions et de nos préjugés…. et cela sans vivre de la culpabilité !

      Karine Charbonneau

      Commentaire par Karine Charbonneau — 16 février 2012 @ 18 h 45 min

      • Allo Karine, je suis entièrement d’accord avec qu’il se perd un temps fou à exagérer les dénominations administratives lorsque tu mentionnes les  »termes utilisés ». Toutes des dépenses qui pourraient être comptabiliser dans des projets concrets où le Savoir Expérientiel viendrai complémenter le Savoir Faire et SAvoir Être des professionnels/gestionnaires/intervenants qui apporteraient des données probantes à l’effet de reconnaitre au Québec l’importance de créer des espaces de Recovery…bien adaptés à notre culture propre …en termes utilisés surtout …lol…

        Regardes notre projet no 2 de Campagne MONTRÉAL de Déstigmatisation de la maladie mentale sur http://keeptalkingblogue.wordpress.com/about/infolettre-de-juin-2012/ et tu découvriras que nous sommes loins d’être encouragé par l’Institutionnel de la santé pour poursuivre cette initiative unique car orchestrée par une association de personnes  »users » ou  »ex-users »…pas d’argent pour payer les évènements sociaux se rattachant à cette Campagne…donc pas de Bibliothèque Humaine…donc pas de diminution des Tabous et Stigmas associés à la maladie mentale.

        Bonne chance à toutes …celles d’entres vous qui exercez ou exercerez dans la champs de la Santé. Vous devez vous armer de patience pour accepter que 1 sur 4 d’entres vous aurait avantage à faire son  »coming out » sur le marché de l’emploi…car c’est avec la divulgation initiale, le dialogue qui s’en suit que la déstigmatisation s’accélérera dans toutes les couches de notre belle société québécoise.

        Commentaire par Rob — 29 juin 2012 @ 6 h 59 min

      • Bonjour Karine,

        C,est intéressant ce débat sur la question des préjugés que l’on peut avoir sur les personnes ayant des troubles mentaux. Je crois cependant que ces préjugés sont « normaux »car ils sont construits, ils ne vont pas de soi…Des préjugés il y en a partout, au Québec, en Afrique, en Europe, en Océanie, dans les petits villages comme dans les grosses villes cosmopolites. La nature des préjugés va changer évidemment entre ces pays, ce qui nous montre qu’ils ne sont pas naturels, qu’ils ne vont pas de soi, mais qu’ils sont façonnés par la société dans laquelle nous vivons. Prendre conscience de ses préjugés, c’est une bonne chose car c’est posséder une réflexivité sur ses pensées, c’est aussi prendre conscience que nous ne sommes pas tous pareils, qu’ils y a des gens différents de « nous » et je ne parle pas juste des personnes hospitalisés dans les soins intensifs, je parle des émotions que nous avons dans notre quotidien envers certains « genres » de personne. Un exemple de préjugé construit : l’homosexualité a déjà été classifié dans le DSM comme étant une maladie mentale ce qui a entrainé de surcroit une stigmatisation encore plus grande du fait d’être homosexuel. Les préjugés comme je l’ai mentionné, ne sont pas inévitables, ils sont construits par l’étiquette que l’on pose à un malade, à un sans-abri, à un criminel, à un schizophrène, à une minorité ethnique, bref à tous ces gens qui sont caractérisés comme étant différents. L’étiquette n’est pas unanime, elle change en fonction des cultures, en fonction des sociétés, elle est construtie par les hommes qui ont besoin de classifier autrui pour comprendre le monde dans lequel ils évoluent. La séparation « Nous/Eux » a toujours présente, depuis le début des temps, cette séparation a existé (ce n’est pas un trait de la modernité!). Alors les préjugés sont importants, important dans le sens qu’ils permettent de mettre à nue nos manières de penser la différence. Car la différence existera tant que le monde la créera. Alors il suffit de prendre conscience de nos préjugés, car c’est dans la confrontation d’idées que nait le désir d’évoluer. Il ne faut pas réprimer le fait qu’il y aura toujours des stigmas et des préjugés sur la maladie mentale, il y en aura toujours, tant et aussi longtemps que des hôpitaux psychiatriques, des psychiatres et des classifications existeront. Mais là n’Est pas le problème, car même sans tout ça, nous trouverons un moyen de marquer une différence entre « eux et nous ». Je crois que la réflexivité, la critique du système dans lequel nous vivons est un commencement vers quelque chose que je ne saurais décrire, mais un commencement vers une réflexion qui accepte l’Autre non seulement comme quelqu’un de différent, mais comme un reflet de soi-même. « se comprendre soi-même comme un autre » disait Ricoeur. Hélas, il avait bien raison.

        Commentaire par Bab — 3 juillet 2012 @ 16 h 52 min

  3. Bonjour Karine,

    Il est important de soulever ces situations, effectivement qu’il y a encore beaucoup de stigmatisation de la part des travailleurs en santé-mentale.
    L’accompagnement dans le rétablissement ne peut se faire qu’à la condition de sortir de cet esprit du « eux et nous ». C’est là à mon sens le plus grand frein au rétablissement; que les « soignant » ne croient pas en les capacités des gens qu’ils prétendent soigner. Comment l’individu peut-il prendre confiance si tous autour ne lui font pas confiance?

    Catherine Lachance

    Commentaire par Catherine Lachance — 20 février 2012 @ 8 h 26 min

    • Bon matin Catherine (Karine), je suis content que ton commentaire touche le Nous et Eux…à mon humble avis, cela rendra les conversations plus fournies pour décrirer les nombreux enjeux…

      Tiens ? Je t’invite à écouter cette p’tite  »toune/tune » http://www.youtube.com/watch?v=vcG47CpsU6c performer par nos amis brittaniques…

      Tu peux également consulter les paroles de cette chanson :

      Paroles et traduction de « Us And Them »

      Us And Them (Nous Et Eux)

      Us and them
      Nous et eux
      And after all we’re only ordinary men
      Après tout, nous ne sommes que des gens ordinaires
      Me and you
      Toi et moi
      God only knows it’s not what we would choose to do
      Dieu seul sait ce n’est pas ce que nous voulions faire

      Forward he cried from the rear
      En avant il cria de l’arrière
      And the front rank died
      Et le premier rang tomba
      The General sat, and the lines on the map
      Le général s’est assis et les lignes sur la carte
      Moved from side to side
      Se déplacèrent d’un côté à l’autre

      Black and blue
      Noir et bleu
      And who knows which is which and who is who
      Et qui sait quoi est quoi et qui est qui
      Up and down
      Haut et bas
      And in the end it’s only round and round and round
      Et à la fin on ne fait que tourner en rond

      Haven’t you heard it’s a battle of words
      N’as tu pas entendu, c’est une bataille de mots
      The poster bearer cried
      Le porte-affiches cria
      Listen son, said the man with the gun
      Ecoute fils, dit l’homme au pistolet
      There’s room for you inside
      Il y a une chambre pour toi là-dedans

      Down and out
      Dans la merde
      It can’t be helped but there’s a lot of it about
      On ne peut rien y faire s’il y en a beaucoup
      With, without
      Avec, sans
      And who’ll deny it’s what the fighting’s all about
      Et qui dira que c’est la raison du combat ?

      Out of the way, it’s a busy day
      Casser vous, c’est un jour ennuyeux
      I’ve got things on my mind
      J’ai des choses à faire
      For want of the price of tea and a slice
      Pour avoir voulu le prix d’un thé et d’un gâteau
      The old man died
      Le vieille homme est mort

      OU aller sur http://www.lacoccinelle.net/252683.html comme référence…

      Bonne journée Catherine et surtout au plaisire de se revoir bientôt !

      Commentaire par Rob — 29 juin 2012 @ 7 h 08 min


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